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Les propos de Pierre Dumas

Les propos de Pierre Dumas

 

 

En ce temps-là - il y a bien, bien longtemps - notre pays sortait d’une guerre terrible. Il avait livré maintes batailles, combattu sur toutes les terres d’Europe et bourlingué sur tous les océans. Premier par le courage de ses soldats, premier par la science de ses généraux... il était aussi - hélas ! - premier par la sanglante hémorragie qui avait étendu sur ses glacis la fleur de sa jeunesse.

Il venait de gagner une guerre monstrueuse et les nations vaincues par lui ou victorieuses avec lui se demandaient s’il lui restait assez d’audace, assez de volonté, assez d’hommes surtout pour arracher les victoires de la paix.

Or, un matin, c’était le premier septembre 1919, le monde apprit par un banal télégramme d’agence qu’un aéroplane avait décollé de Toulouse - Montaudran pour aller, en quatre étapes, se poser à Rabat.

 

 

 

 


Avouez que, pour l’époque, ceci n’était déjà pas mal. Cependant, un communiqué complémentaire apportait une précision ahurissante : ceci n’était là qu’un prélude et la ligne qu’on inaugurait ne constituait qu’un tronçon d’une grande artère qu’on baptisait, dès ce jour là : " Toulouse - Buenos - Aires ". Rien que ça !

Bien entendu, profanes et spécialistes haussèrent les épaules. Mais ce n’est pas avec des sourires narquois qu’on fait bondir les avions, c’est avec de la confiance. Aussi, sans plus attendre, un peintre écrivit - il sur la frêle carlingue d’un Bréguet échappé de la dernière guerre ces mots tracés en rouge sur la toile argentée de l’appareil : France - Espagne - Afrique du Nord - Amérique.

 


Mission Roig 1923                      En panne dans le désert



Quel était donc ce fou qui osait lancer aux continents, aux éléments... et au bon sens, avec des appareils minuscules, dotés d’un seul moteur et dont les ailes, entoilées comme un cerf - volant, seraient le jouet des vents ? Oui, quel est ce fou ?
Ce fou ?... retenez bien son nom, c’est Pierre Latécoère... un français, méridional par surcroît, et de Bagnères - de -Bigorre s’il vous plaît.



Aéroplace de Barcelone


Mais les fous sont souvent des sages, et, cette fois, la victoire devait couronner la folie.
Oh ! ça n’alla pas tout seul. Il fallut, autour de Pierre Latécoère, d’autres " croyants " : organisateurs, pilotes, mécaniciens, qui formèrent la première phalange de la première grande ligne aérienne.


Avec eux, les étapes s’accélérèrent. Premier vol d’essai : Toulouse - Rabat, 19 mars 1919. Et c’est le 1er septembre de cette même année que le service devint régulier avec les sections fameuses de Barcelone, Alicante, Malaga, Tanger. Déjà, c’est toute l’Espagne qu’on franchit en trois bonds.

 


Arrivée du courrier à Cap-Juby
                   Bréguet Limousine

 

Mais, à peine a-t-on atteint Rabat, où Lyautey - lui aussi génial - applaudit et encourage qu’on s’élance vers Dakar, au-dessus du Rio de Oro hostile, avec les escales dans les barbelés de Port - Etienne. Ce fut, trois fois par semaine, le deuxième tronçon : Casa - Dakar, et la date en est à 1925.

Enfin, voici le triomphe : 1er mars 1928 ! Premier service postal : " France - Amérique du Sud ". Les ailes tricolores sillonnent l’Atlantique, et nos moteurs agitent l’air des capitales : Brésil - Uruguay, Argentine.

 

 


                  Escale à Barcelone              groupe d’ouvriers devant les ateliers

 

Le rêve de 1919 est devenu réalité en 1928. Mais, pour atteindre ce but, que d’études, que d’expériences, que de douleurs... et que de morts.

 

 

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Dernière mise à jour : 08 octobre 2016 à 13:35:43