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[2/2] Pour que passe le courrier, par Joseph Roig.

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Le retour à Casablanca

Le Colonel Gaden remet 8 sacs de courrier à jeter le long du trajet entre Port-Étienne et Cap Juby sur les zones de parcours des diverses tribus du Rio de Oro. Les trois avions allaient revenir au bercail à Casablanca et je pensais que ce retour serait moins pénible que l’aller.A l’escale de M’Terert, le moteur qui avait causé des soucis à Cueille allait obliger l’équipage à attendre le dépannage de Dakar. Georges Louis, dans un récit qu’il fit de son voyage, en retrace toutes les péripéties avec des termes qui montrent combien cette panne fut amusante et instructive pour tous, Nous atterrîmes à Port-Étienne à la nuit. Les alizés qui soufflaient, avaient bien réduit notre régime de croisière, et dès que le phare du Cap Blanc brilla à l’horizon, Hamm piqua vers lui en droite ligne à travers le large passage de la Baie du Lévrier pour atterrir avant la nuit. J’avisai de ce détail par un message à Delrieu, sur lequel il me fit la réponse suivante :
"Atterrir de nuit n’est rien. Faire un trou dans l’eau c’est la fin des haricots". Quand Don Luis Delrieu avait décidé quelque chose, ce n’était pas la peine d’aller contre. Je m’armai de patience car c’était s’allonger de près de 50 km que de faire le tour de la baie du Lévrier. Aussi, au bout d’un moment et en un lieu qui me paraissait propice pour traverses, je tendis un nouveau message :
"Coupons ici, nous gagnons cinq minutes".
Cela me valut cette réponse qui est devenue depuis ma règle impérative lors de mes déplacements en automobile :

"Que sont cinq minutes au regard de l’éternité" que Delrieu avait signé "Pascal". J’étais définitivement gagné à la manière de voir de ce grand pilote qui alliait une belle prudence à sa grande virtuosité dans l’art de piloter nos armoires à glace.
Les avions atterrissent de nuit dans d’excellentes conditions. Nous allons attendre ici des nouvelles de M’Terert.
Quand nous repartîmes, deux jours après, nous savions que le dépannage de M’Terert ne saurait se faire avec nos faibles moyens du bord et je décidai de continuer vers le Nord, et que seule, l’aviation militaire de Dakar ferait le nécessaire.Tout alla parfaitement jusqu’à Cap Juby, mais arrivée là, un fait nouveau modifia notre horaire.
De Massimi, piloté par Vannier avec Vergès comme mécanicien, était venu de Toulouse pour étudier la liaison Madrid-les Canaries. Les ordres étaient d’attendre son retour à Juby pour voyager de concert sur Agadir et Casablanca.
Trois jours après, de Massimi et son équipage étant de retour, nous reprenions le départ vers Agadir où nous trouvions les difficultés de ravitaillement qui, comme à l’aller, allaient être la cause d’un retard, obligeant Vannier à passer la nuit à Mogador. Delrieu aima mieux opter pour le bled entre Safi et Mogador.
Quant à Hamm, son intrépidité le mena au-dessus de Casablanca où il tourna en rond jusqu’à ce que les feux de position soient allumés sur le camp Cazes. Le lendemain matin, et sans incident nouveau, les amis casablancais, alertés par Hamm et Lefroid (Voir Delrieu / Vanier), nous recevaient avec toutes les marques d’une joie affectueuse, qui nous payait bien au-delà des efforts accomplis. Quelques jours après, l’aviation militaire de Dakar dépannait l’avion de Cueille et l’équipage rejoignait Dakar où il s’embarquait à bord d’un transatlantique qui le ramena à Casablanca. La mission qui avait porté le premier courrier aérien à Dakar était terminée dans des conditions suffisamment heureuses pour permettre d’envisager l’avenir avec confiance. Hélas, je devais déchanter dès l’ouverture de la Ligne sur Dakar. La tactique du Colonel Gaden sur la sécurité du personnel dans le Rio de Oro étant jugée aléatoire par les responsables de La Ligne, une autre méthode fut mise en oeuvre.
Les résultats, à mon humble avis, ne changeront pas mon jugement sur la compétence de chacun, ni sur la question .
Pour marquer le retour de Cueille et Bonnort, sans oublier Georges Louis, une fête devait avoir lieu mais elle ne put revêtir le faste qu’elle se proposait pour un motif qui vaut la peine d’être relaté.
La veille de cette manifestation, le temps étant plus que douteux, le pilote courrier, Cassagne, allait du bureau à la rue un peu trop souvent pour ne pas attirer l’attention de Cueille qui observait cette manœuvre insolite de la part d’un pilote sûr de lui. Inquiété à son tour, il s’approche de Cassagne et lui dit avec infiniment de tendresse :
" Tu as peur, hein, ne mens pas - J’assurerai le courrier demain, Dépose la démission tout de suite, car ça vaudra mieux pour toi, Je partirai à ta place,"
Cueille manqua à ses amis pour la fête, mais les témoins de l’intervention de Cueille ne pouvaient qu’applaudir cette conception du devoir en de telles circonstances.Cassagne quitta la Ligne. Cueille venait sûrement de lui sauver la vie.Quels hommes, étaient ces pilotes courrier du temps de la "Chimère", comme les a baptisés si justement l’écrivain Jean Fleury dans son livre " La Ligne ".

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Dernière mise à jour : 1er aout 2017 à 15:57:53